Johnny Depp saigne et triomphe dans Sweeney Todd.

Publié le par britishtoune

Sachant que vous êtes nombreux à être fans du cinéma de Tim Burton, voici un petit compte rendu de son nouveau film, Sweeney Todd.

Le film se déroule au 19ème siècle et tout le monde chante mais, lorsque le sang gicle de la gorge d'Adolfo Pirelli, vous saurez que vous ne regardez pas My Fair Lady.

Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street, la comédie musicale de Stephen Sondheim est le récit sauvage du cannibalisme, de la folie et du crime en série. Désormais c'est le Sweeney Todd de Tim Burton et cette histoire n'aurait pu tomber dans de meilleures mains. Ici le côté gore est très réaliste et se substitue aux effusions de sang stylisées de la pièce. Le récit perd son ton comique et si on rit c'est nerveusement.

Sweney Todd serait plus à rapprocher de Sleepy Hollow. Sweeney Todd met l'accent sur un aspect Grand Guignol et sur une histoire humaine profonde, celle de l'amour deux fois perdu qui va faire place à une horrible vengeance.

Il a fallu deux studios, Paramount et Warner Bros., pour partager l'énorme risque de produire et de vendre un film tel que Sweeney Todd qui met à mal la pulpart des conventions de la sacro-sainte comédie musicale américaine. Il vont devoir trouver un public et ce n'est pas gagné, heureusement le projet porte les noms de Tim Burton, Johnny Depp, Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen.

Sweeney Todd s'inspire d'un obscure mélodrame anglais qui pourrait être basé (mais rien est avéré) sur une vériatble histoire du 18ème siècle. Un barbier névrosé tranchait les gorges de ses clients et sa propriétaire servait leur viande dans des tartes. La comédie musicale de Sondheim, qui date de 1979, plaçait cette histoire dans le contexte de la révolution industrielle, époque gangrenée par la corruption et l'avarice.

Tim Burton et son scénariste John Logan se sont délectés de cette première version et Burton n'a eu qu'à mettre en action son propre sens du macabre, déjà bien développé. A l'exception de quelques scènes imaginaires, ou de flash backs vers des jours plus heureux, le film est monochrome et n'utilise que des couleurs issues de paysages urbains. Johnny Depp et Helena Bonham Carter sont habillés dans des couleurs sombres et leurs yeux sont cernés de noirs à la manière des personnages des Noces funèbres.

Ayant choisi des acteurs qui n'ont pas de compétences de chanteurs, Burton a délaissé l'aspect musical et s'est focalisé sur l'aspect tragique et émotionnelle de l'histoire. Johnny Depp est le coeur et les tripes de ce film. Il incarne Sweeney Todd, en réalité Benjamin Barker - un homme qui s'est échappé après 15 ans d'un emprisonnement injustifié en Australie. De retour à Londres, il met en place une terrible vengeance. Sa rage se porte avant tout sur le juge Turpin (Alan Rickman), un prédateur sexuel qui avait fait arrêter Benjamin (Sweeney Todd) par le bossu Beadle Bamford (Timothy Spall) afin de lui prendre sa femme (Laura Michelle Kelly) et sa fille. Sweeney apprend ensuite que sa femme s'est donnée la mort par poison et que Turpin a pris le bébé sous sa tutelle et en abuse aujourd'hui, alors qu'elle est devenue une belle jeune femme (Jayne Wisener). Sweeney est dès lors tellement obsédé par la mort qu'il perd totalement pied avec la réalité de la vie. Helena Bonham Carter incarne Nellie Lovett, une femme elle-même obsédée par Sweeney. Elle imagine une vie impossible avec lui insonsciente du fait que lui n'a plus aucun désir hormis celui de donner la mort.

Le personnage du juge, qui harcèle les jeunes femmes, est la déception majeure du film. Dans la pièce, le personnage était plus subtile, se battant contre son obsession, souhaitant redevenir bon. Ici Tim Burton et John Logan l'ont réduit à un homme totalement méchant qui ne s'inquiète que de ses propres intérêts. Alan Rickman, qui joue ce rôle, utilise pourant toutes ses capacités d'acteur pour insuffler un peu d'humanité à ce personnage caricatural, dommage.

La juxtapposition du sang et de la musique dans le film est toujours totalement inattendue. Il propose à chaque fois l'opposé de ce que l'on attend, un effet rarement réussi au cinéma.

Tim Burton distille le gore sans retenue dans la face des spectateurs pour que ceux-ci appréhendent comme il se doit la folie et la furie destructive de Sweeney.

Déçus par Depp dans Charlie et la chocolaterie et conquis par la performance d'Ewan McGregor dans Big Fish, on commençait à se fatiguer de la collaboration convenue Burton-Depp, mais il faut reconnaitre que là Burton aurait eu tort de se passer de son alter ego Johnny Depp qui n'incarne pas Sweeney Todd, qui est Sweeney Todd.

Source Yahoo

Publié dans Rickmanesque

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